Protection contre les crues, une histoire qui n’est pas un long fleuve tranquille
En juillet de cette année, les cumuls de précipitations ont fait déborder lacs et rivières en Europe. En Suisse, le pire a été évité grâce à un service de préalerte efficace. Le dossier que vous propose la Bibliothèque Am Guisanplatz BiG permet de mieux comprendre les dangers liés aux crues et retrace l’histoire de leur prévention.
Cet été, des semaines de pluie ont fait monter dangereusement le niveau des rivières, fleuves et lacs. Le débit de l’Aar par exemple a dépassé par moment 405 mètres cubes d’eau à la seconde (m³/s), atteignant ainsi le degré 2 sur les cinq que compte le système de mesure du danger. La limite est considérée comme dépassée à partir de 230 m³/s. Les lacs situés sur le Plateau ont atteint leur maximum et les niveaux d’eau n’ont baissé ensuite que lentement. Les galeries d’évacuation à Thoune (en allemand seulement) et à Lyss ont dû être activées.
Depuis les crues de 2005, la Confédération, les cantons et les communes ont en effet amélioré leur système de protection. Des mesures ayant fait leurs preuves, comme la mise en disponibilité anticipée des forces d’intervention locales et l’information exhaustive de la population, ont permis d’éviter des dommages plus importants.
Un tournant avec les crues de 1868
Des séries d’abondantes précipitations touchent le Tessin, les Grisons et Saint-Gall en septembre 1868, puis le Valais, Uri et à nouveau le Tessin en octobre de la même année. Les grandes inondations de 1868 ont conduit à repenser entièrement la gestion des crues, entraînant les premières mesures de correction des cours d’eau.
Les expériences réalisées pendant cette catastrophe naturelle ont permis de faire avancer la thématique de la protection contre les crues auprès des instances politiques nationales. Aussi, la Confédération a pris en 1871 une décision de subventionnement, à raison de 100 000 francs par an, pour l’aménagement des torrents dans les régions de haute montagne. La loi fédérale concernant la police des eaux dans les régions élevées a suivi en 1877, encourageant la construction d’ouvrages de protection et réglementant les subventions dans ce domaine à l’échelle fédérale.
Les intempéries de 2005 ont encore fait avancer les travaux de protection. Les crues qu’elles ont provoquées ont été en effet les plus dévastatrices depuis 1972, année depuis laquelle les dommages causés par les intempéries sont systématiquement relevés. Elles ont causé des dégâts pour un montant total de trois milliards de francs.
Les inondations et glissements de terrain en Allemagne, en Autriche et en Suisse sont dus à une dépression venue de la mer Adriatique. Des routes ont été submergées dans l’Oberland bernois, de nombreuses localités bordant le lac de Bienne ont été touchées par la montée des eaux, et le quartier de la Matte à Berne a été recouvert, parfois sur plusieurs mètres de haut. On déplore le décès de six personnes emportées par les flots.
Une étude exhaustive (en allemand seulement) de l’Office fédéral de l'environnement - Page d'accueil (admin.ch) et de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) analyse les causes de ces crues et les mesures qu’elles induisent.
La protection actuelle
Suite à l’analyse des événements, la Confédération, les cantons et les communes ont pris de nouvelles mesures de protection contre les crues, parmi lesquelles des systèmes d’anticipation et d’alerte précoce, des barrages mobiles de protection contre les crues, comme le système Beaver® à base de tuyaux orange ou l’évacuation en continu du bois flottant.
Malgré l’expérience accumulée dans la gestion des crues, il est impossible d’éviter tout dommage.
Deux facteurs doivent être pris en compte en vue d’une protection globale : les zones d’habitation en bordure de lac et de rivière, qui sont très prisées bien que menacées par des inondations, et le changement climatique qui risque de favoriser d’abondantes précipitations dans notre pays.
Les mesures à long terme
Les cartes de dangers sont utiles pour connaître les régions concernées en vue de les protéger correctement. Elles permettent de séparer les zones de danger dans les plans d’affectation et de prévoir des mesures de protection ad hoc. Les différents degrés de danger sont indiqués sous forme de surfaces colorées. La loi fédérale sur l’aménagement des cours d’eau et la loi fédérale sur les forêts contraignent les cantons à établir des cartes de danger.
Les bassins de rétention et la revitalisation des cours d’eau ayant subi des mesures de corrections ou d’endiguement sont deux autres possibilités. Un bassin de rétention permet d’égaliser les débits de pointe en contenant les eaux pour éviter les débordements et protéger les zones en aval.
Quant aux mesures de revitalisation, elles visent à restaurer un état plus naturel des cours d’eau et des lacs, et à réactiver des écosystèmes pour les espèces animales et végétales. Elles constituent une protection naturelle contre les crues, en ménageant plus d’espace aux eaux. Elles contribuent par ailleurs à la création d’aires de détente.
Recommandations de la BiG
Autres liens:
- Inondations (hls-dhs-dss.ch)
- Unwetter in der Schweiz – Die Übersicht: Hier tritt das Wasser über die Ufer – News – SRF (en allemand seulement)
- Crues de juillet : mesures de protection suisses mises à l’épreuve (admin.ch)
- Comprendre et prévoir les crues – WSL
- Thème Eaux (admin.ch)
- Crues – Portail des dangers naturels (dangers-naturels.ch)
