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La protection contre les avalanches en Suisse

La gestion du risque d’avalanche repose sur la grande expérience acquise par la population alpine au fil du temps. Le dossier de la Bibliothèque Am Guisanplatz BiG retrace l’histoire de l’étude des avalanches et des mesures de protection contre la mort blanche.

10.03.2022 | Bibliothèque Am Guisanplatz, Mathias Kobel

Sur l'image, une explosion est représentée au-dessus du manteau neigeux.
Tube d’allumage au gaz utilisé pour tester l’effet d’explosions sur le manteau neigeux (photo : archives SLF)

Le mot avalanche est issu du croisement de aval, avaler (« descendre ») et du terme franco-provençal alpin lavanche (« coulée de neige », 1487, Fribourg), lui-même dérivé du latin labi (« glisser »). Il désigne une masse de neige dévalant de la montagne sous l’effet du dégel. On notera que le nom de certaines localités et montagnes de Suisse alémanique fait directement référence au phénomène naturel, le terme allemand Lawine se retrouvant par exemple sous la forme de Laui (BE) ou Lauwi (VS) dans le dialecte de ses régions.

Le fait que la neige en mouvement puisse tuer des êtres humains et des animaux ou détruire des maisons est attesté depuis des siècles. Un document de l’évêque de Constance Heinrich von Klingenberg datant de 1302 décrit ainsi un chemin dévasté par une avalanche dans la région de Schwyz.

Les avalanches en Suisse

L’histoire de la Suisse est ponctuée de grosses avalanches, dont le souvenir se transmet de génération en génération. En 1595, par exemple, plusieurs masses de neige se sont précipitées dans le Rhône près de Martigny, provoquant une crue qui a coûté la vie à 60 personnes et 400 animaux. Les flots ont aussi emporté plus de 100 maisons. Pendant l’hiver 1720, les Grisons ont subi des avalanches qui ont fait 40 victimes et détruit des habitations dans les villages de Ftan, Sankt Antönien et Davos.

Les hivers calamiteux de 1950/51 et de 1999

En novembre 1950 et en février 1951, des chutes de neige persistantes ont entraîné un risque élevé d’avalanche dans les cantons des Grisons, d’Uri et du Valais. En l’espace d’une semaine, il est parfois tombé entre 10 et 15 centimètres de neige fraîche par heure. Plus de 1000 avalanches se sont produites entre le 19 et le 22 janvier 1951, causant 75 décès et des dégâts matériels importants. Quelque 1140 hectares de forêt ont également été ravagés. Plusieurs routes d’accès ayant été ensevelies, certains villages de montagne sont restés coupés du monde pendant des jours, voire des semaines. Les troupes d’aviation de l’armée suisse ont apporté des vivres, des médicaments, du bois et du pétrole aux personnes bloquées avec l’avion militaire Ju-52. Lors d’une deuxième vague d’avalanches qui a frappé le Tessin en février 1951, 98 personnes ont perdu la vie dans les vallées de montagne.

En janvier et février 1999, il est tombé plus de 5 mètres de neige dans les Alpes françaises et suisses en cinq semaines. Durant plusieurs jours, le degré 5, le plus élevé de l’échelle européenne de danger d’avalanches, a été défini pour de vastes régions. Pas moins de 1000 avalanches sont survenues en Suisse, dont l’une a tué 12 personnes dans le village valaisan d’Evolène le 21 février.

Pour l’hiver 2021/22, les statistiques du SLF sur les accidents d’avalanche signalés font déjà état de 101 accidents et de 12 décès (au 3.3.2022).

Les débuts de la recherche sur les avalanches

L’origine de la recherche suisse sur les avalanches remonte à la fondation de la Commission fédérale pour l’étude de la neige et des avalanches en 1931 et à la création de l’Institut fédéral pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF) de Davos en 1936. L’intérêt croissant pour le domaine s’explique surtout par l’essor du tourisme hivernal et le développement des chemins de fer de montagne.

L’enregistrement systématique des alertes en cas d’avalanches a commencé lors de la Seconde Guerre mondiale. En 1940, l’armée suisse a mis en place, en étroite collaboration avec la Commission fédérale pour l’étude de la neige et des avalanches, un système d’alerte reposant sur des stations d’observation réparties à différents endroits du pays. Le Conseil fédéral a lancé le Service des avalanches de l’armée, l’équivalent militaire du SLF, neuf ans plus tard. À partir d’octobre 1945, la prévision du risque a été confiée au SLF, qui a alors perfectionné le service national d’alerte. Le premier bulletin d’avalanches a été publié le 21 décembre 1945. Depuis lors, des informations sur l’enneigement et les avalanches dans les Alpes suisses et le Jura sont données chaque jour.

Mise en place d’une gestion intégrée des risques d’avalanche

Dans les Alpes, des terrasses en pierre ont été construites dans la zone de départ des avalanches déjà avant l’hiver 1950/51. Mais lors de ce fameux hiver, des lance-mines ont également été utilisés pour déclencher artificiellement des coulées de neige. Ensuite, la mise en œuvre de mesures préventives, telles que la construction de paravalanches ou le reboisement, a été largement favorisée.

Si le terrible hiver de 1999 a occasionné des dommages s’élevant à plus de 600 millions de francs, des mesures préventives telles que les paravalanches et des dispositions adaptées à la situation comme la fermeture de routes ou les évacuations ont permis de limiter les dégâts.

La protection contre les avalanches aujourd’hui

L’Institut fédéral pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF) apporte une contribution importante à l’évaluation du danger d’avalanche, d’une part par ses études et analyses de données relatives à l’enneigement, d’autre part par ses produits destinés au public, notamment le bulletin d’avalanches ou l’application White Risk.

Grâce au Centre de compétences du service alpin de l’armée à Andermatt, l’Armée suisse peut compter sur des spécialistes de montagne qui gèrent une centrale des avalanches et se tiennent à disposition pour des opérations de recherche et de sauvetage.

La BiG possède des ouvrages de référence consacrés à l’histoire de la recherche sur les avalanches et à la protection contre les avalanches ainsi que des publications pratiques actuelles sur la prévention et les opérations de sauvetage en cas d’avalanche.


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