L’Aéro-Club de Suisse a pris son envol il y a 125 ans
L’Aéro-Club de Suisse fête ses 125 ans. Qui aurait pu penser qu’un club fondé par une poignée d’aérostiers engagés allait devenir une organisation faîtière d’aviation et de sport aérien réunissant près de 20 000 membres ?

Fondé en 1901, l’Aéro-Club de Suisse comprend les disciplines suivantes : vol à moteur, vol à voile, aéromodélisme, ballon, parachute, hélicoptère, aviation sportive ultralégère (microlight) et construction d’avions en amateur ou experimental aviation (Aéro-Club de Suisse). Les associations régionales gèrent leurs propres écoles d’aviation, encouragent la relève, élaborent des stratégies uniformes au sein de commissions techniques et organisent des événements. En outre, l’Aéro-Club présélectionne et prépare les futurs pilotes militaires et éclaireurs parachutistes (SPHAIR).
Au fil des décennies, l’Aéro-Club est passé d’un cercle élitiste d’aérostiers à l’organisation faîtière de l’aviation légère et du sport aérien en Suisse.
Aujourd’hui, l’aviation recouvre trois domaines distincts : aviation militaire (Forces aériennes), aviation civile (transport aérien) et sport aérien / aviation légère. Du temps des pionniers, cette distinction n’existait pas encore : l’aviation privée et l’aviation militaire étaient étroitement liées.
Compagnie d’aérostiers
Au milieu des années 1880, l’état-major général a étudié la possibilité de se servir de ballons captifs comme moyens d’observation militaires. Depuis les airs, on pouvait mieux balayer du regard les mouvements de troupes et le terrain. Un point de vue qui offre de nombreux avantages sur le plan tactique.
À la même période, Eduard Spelterini a fait parler de lui avec ses vols en ballon et enthousiasmé le public avec ses photographies aériennes inédites et époustouflantes.

En 1897, le colonel Theodor Schaeck a été chargé de créer une compagnie militaire d’aérostiers. En juillet 1900, il a été le premier commandant de l’école de recrues d’aérostiers au Beundenfeld à Berne, où se trouvait la nouvelle halle à ballons.
Des ballons cerf-volant de forme oblongue, les Drachen, et des ballons sphériques ont d’abord été utilisés à des fins d’observation, puis de mensuration nationale à l’aide de photographies aériennes. Attachés au sol, les ballons permettaient de transmettre directement des informations sur les forces en présence et sur leurs mouvements au moyen d’un fil téléphonique.

Il était fastidieux pour la compagnie d’aérostiers de remplir les ballons de gaz et de se déplacer avec tout le matériel nécessaire. L’arrêté du Conseil fédéral du 9 avril 1901 concernant l’effectif et le recrutement de la compagnie d’aérostiers (FF 1901 II 643) précise que la compagnie comptait 8 officiers, 161 soldats, 22 sous-officiers, 9 chevaux de selle, 91 chevaux de trait et 28 chariots (l’effectif avait quasiment doublé en 1916). En 1910, la compagnie avait besoin de pas moins de 46 wagons pour le transport ferroviaire et elle est devenue en 1915 la première unité entièrement motorisée de l’Armée suisse – un pas important qui a permis de réduire fortement la colonne de marche (50 m au lieu de 350).
La compagnie d’aérostiers est toujours restée une unité d’observation non armée. Les troupes d’aviation lui ont toutefois fait de l’ombre, si bien que les ballons ont rapidement perdu de leur importance. Lors de la Seconde Guerre mondiale, ils servaient encore de barrages la nuit ou de moyens de démarcation des frontières. En 1937, la compagnie d’aérostiers a été officiellement dissoute.
Aéro-Club
Pendant la première école de recrues déjà, le colonel Schaeck évoquait avec quelques officiers l’idée de fonder une organisation pour promouvoir la navigation aérienne. Ce fut chose faite le 31 mars 1901 à Berne avec la création de l’Aéro-Club suisse, qui comptait 72 membres (Aéro-Club de Suisse à partir de 1932). Premier président de cette organisation nationale pour aérostiers, Theodor Schaeck en explique les objectifs dans son journal de 1901 :
« Une organisation dédiée à la navigation aérienne ne doit pas se contenter de mener des études théoriques et de tenir des conférences ; elle doit se rendre plus utile en organisant des tours pour que tous ceux qui s’y intéressent puissent le faire à moindres coûts, que ce soit des officiers, des professeurs, des savants ou des admirateurs des beautés de la nature. Ces tours avec des officiers de la compagnie d’aérostiers comme guides seraient pour eux un excellent exercice et seraient aussi utiles à l’armée. » (notre traduction, publication en allemand : Erich Tilgenkamp, volume 1, p. 120)
Le lien étroit qui unit l’aviation militaire et l’aviation civile est manifeste.
Outre des aérostiers actifs, l’Aéro-Club a également su attirer des citoyens aisés parmi ses membres et des mécènes. Un ballon a d’abord été loué, puis acheté en 1903 (le Mars a été le premier ballon appartenant à l’Aéro-Club). Les années suivantes, l’Aéro-Club a acquis d’autres ballons. Il en possédait déjà quatre en 1908.
Pour informer ses membres, l’Aéro-Club publie depuis 1906 un bulletin sur ses activités et sur des sujets liés à l’aviation (AéroRevue).
En 1908, l’Aéro-Club s’est retrouvé sous les feux des projecteurs : Theodor Schaeck et Emil Messner ont été la première équipe suisse à participer à la prestigieuse coupe de ballons à gaz Gordon Bennett (troisième édition). Le ballon Helvetia avait été racheté par l’Aéro-Club trois semaines seulement avant le début de la compétition. En accomplissant la traversée Berlin - Bergseth (Norvège), décrite comme extrêmement dramatique, le duo a parcouru 1190 km et remporté la course.
L’organisation de la course suivante étant confiée aux vainqueurs, la Suisse a eu l’honneur d’accueillir l’édition 1909 chez elle, à Schlieren (ZH). Le spectacle offert par cette concentration de ballons au début du mois d’octobre était impressionnant. Environ 400 000 personnes y ont assisté. En collaboration avec l’aéroclub de Zurich, l’Aéro-Club de Suisse a organisé cet événement de trois jours et vu son nombre de membres augmenter drastiquement (il est passé à 549).

La relève à l’ère de l’aviation
Au début du 20e siècle, d’autres pionniers de l’aviation sont partis à la conquête du ciel. En Suisse, ce sont Oskar Bider et les frères Henri et Armand Dufaux qui ont soulevé les foules. De nombreuses journées ou semaines de vol ont en effet été organisées.
Si bon nombre de membres de l’Aéro-Club ont d’abord accueilli le vol motorisé avec scepticisme, ils ont fini par accepter les pilotes à partir de 1909. En 1910, l’Aéro-Club a décerné à Ernest Failloubaz, 18 ans, le premier brevet suisse de pilote.
![Soldats des troupes d’aviation et pilote accoudé à un avion stationné devant un hangar à l’Aarauer Schachen, photographie prise vers 1914. Des croix suisses sont peintes sous les ailes pour que l’appareil ne soit pas touché par des tirs accidentels (éditeur : [probablement] Hans Bandi. Photos aviation dès 1914, BIG DU 555).](https://prod-bigch-hcms-sdweb.imgix.net/dam/fr/sd-web/veBn6Emzjxxd/Flugzeug_Aarau.jpg?w=1024&auto=format)
1911 nahmen erstmals Flugzeuge an Armeemanövern teil, jedoch entstand die Fliegertruppe erst 1914 unter Hauptmann Theodor Real. Die erste schweizerische Fliegerabteilung formiert sich auf dem Berner Beundenfeld mit zehn Piloten und acht Flugzeugen, wobei einige Flieger ihre eigenen Flugzeuge und Mechaniker mitbrachten, drei weitere direkt von der Landesausstellung requiriert wurden. (Blériot-Zweisitzer an der Landesausstellung 1914) Im Dezember 1914 zogen die Flieger nach Dübendorf, wo die Pilotenschule entstand. 1936 wurde die Fliegertruppe zur eigenen Waffengattung.
![Des hommes devant un avion qui se retrouve sens dessus dessous après avoir piqué du nez. Le capotage de l’avion du lieutenant Ackermann s’est produit en 1916 à Dübendorf, d’après ce qui est noté sur la photographie (éditeur : [probablement] Hans Bandi. Accidents d’aviation, 1916-1918. BIG DU 549).](https://prod-bigch-hcms-sdweb.imgix.net/dam/fr/sd-web/EyDpko4lFtb2/Absturz_D%C3%BCbendorf_Ackermann.jpg?w=1024&auto=format)
Au temps des pionniers de l’aviation, il n’y avait pas de réglementation étatique des activités aériennes en Suisse. L’Aéro-Club a donc joué un rôle central dans ce domaine et dans la remise de brevets d’aérostier ou de pilote. Ces tâches ont été progressivement transférées à la Confédération au moment de la création de l’Office fédéral de l’air en 1920 (aujourd’hui l’Office fédéral de l’aviation civile).
En outre, l’Aéro-Club a œuvré activement au développement de l’aviation en organisant des journées de vol, en décernant des prix lors de concours, en encourageant la construction d’aérodromes, en participant à l’exposition nationale de 1914 (pavillon de l’aviation) et en soutenant la collecte nationale pour l’aviation militaire de la Société Suisse des Officiers (1912).
Sources et bibliographie
- Bibliographie BiG
- Photos aviation dès 1914. Collection compilée par Hans Bandi (?). 1914-1918
- Accidents d’aviation. Collection compilée par Hans Bandi (?). 1916-1918
Liens
- 125 ans de l’Aéro-Club de Suisse – Aéro-Club de Suisse
- Aviation
- Histoire des Forces aériennes suisses
- L’Armée suisse (film muet), 4e partie : le groupe d’aviation, minutes 33 à 37
- Collection Eduard Spelterini, NB: Eduard Spelterini auf Wikimedia Commons
- Le peuple suisse se cotise pour doter le pays d’une force aérienne
- Appel au peuple suisse
- E-Periodica - Die nationale Flugspende 1913 in Basel : ein Essay über die Verbreitung des Patriotismus vor dem Ersten Weltkrieg (« collecte nationale de 1913 à Bâle pour l’aviation militaire : un essai sur la diffusion du patriotisme avant la Première Guerre mondiale », uniquement en allemand)